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Nature, Eau, Paysages

Le PNA Papangue

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publié le 1er juin 2021 (modifié le 4 juin 2021)

Le Busard de Maillard (Circus maillardi), localement appelé « Papangue », est l’unique rapace nicheur de l’Île de La Réunion. Considéré comme une sous-espèce du Busard de Madagascar, Circus maillardi macrosceles, il a été érigé au rang d’espèce à la suite d’analyses génétiques sur l’ensemble du genre Circus (Simmons, 2000). Présent précédemment à Maurice (Mourer-Chauviré et al. 2004), il a aujourd’hui disparu de cette île. Le Busard de Maillard constitue donc une espèce endémique de La Réunion. Parmi les autres espèces proches du Busard de Maillard, Circus macrosceles est présente à Madagascar et aux Comores (Langrand, 1995).

Busard de Maillard (appelé localement Papangue)
Busard de Maillard (appelé localement Papangue)
Crédit photo : Nicolas Laurent

La population du Busard de Maillard, comme beaucoup d’autres oiseaux indigènes, a fait l’objet d’une forte pression de destruction avec la colonisation de l’île par l’homme au XVIIeme et au XVIIIeme siècle. Il n’a été retiré de la catégorie « vermine » dans laquelle il était classé depuis la colonisation, qu’en 1966. La chasse et la capture ont, elles, été officiellement interdites en 1974. Protégé par arrêté ministériel depuis 1989, le Busard de Maillard est actuellement classé comme espèce « En danger » (IUCN, 2004 et 2008).

Le « Papangue » est le busard le plus menacé d’Afrique et également celui dont l’aire de répartition est la plus réduite ; les dernières estimations de sa population entre 1997 et 2000, font état de moins de 100 couples certains (Bretagnolle et al. 2000, a et b) et de 120 à 180 couples lorsque les couples probables sont comptabilisés (Ghestemme et al. 1998). En 2017-2019, une nouvelle série de comptage à été menée, elle fait état d’une baisse de l’indice d’abondance des couples reproducteurs de l’ordre de 50% sur les 20 dernières années. Les principales menaces actuellement connues pour cette espèce fragile sont l’empoisonnement secondaire (consommation de rongeurs empoisonnés), les collisions avec des câbles électriques ou sur le réseau routier, et le braconnage.

Le papangue Circus maillardi a fait l’objet d’un PDC (Plan De Conservation validé) en 2011. Depuis la Loi Biodiversité de 2016, il fait désormais l’objet d’un PNA (Plan National d’Action) en cours de rédaction.

Consulter :

Le PDC Papangue a fait l’objet d’une évaluation :

Les opérations réalisées

Mise en place d’un système de suivi télémétrique (Portage SEOR. Financement DEAL et EDF)

A partir de 2012, la SEOR a réalisé un suivi télémétrique pour une meilleure connaissance des territoires de Papangue. De 2011 à 2019, ce travail a permis le marquage de 79 individus avec un marquage alaire, dont 22 avec des balises GPS solaires. Il a permis de collecter plus de 12 000 données de géolocalisation. Ce suivi a été particulièrement important dans les zones de forte concentration de papangue, et en particulier dans le site pilote de La Caroline, dans les Hauts de Bras Panon.

Suivi télémétrique

Ce suivi permet de mieux connaître le domaine vital de l’espèce, et de mieux comprendre la sélection de l’habitat par le papangue.

Mise en place des suivis par la Brigade SOS Papangue (Portage SEOR)

En 2012, dans le cadre du LIFE CAPDOM est créée la « Brigade Papangue », une patrouille de surveillance constituée de bénévoles, mobilisés pour le suivi et le comptage des busards de Maillard dans certaines zones fortement dératisées.

Brigade Papangue

L’objectif est de surveiller l’abondance de la population avant et après la mise en œuvre des campagnes de dératisation, annuellement et inter-annuellement, afin d’être en mesure de détecter une évolution dans les effectifs de façon concomitante aux différentes périodes de dératisation. En effet, un papangue peut s’empoisonner indirectement après avoir mangé un rat ayant ingéré du raticide. C’est ce que l’on appelle l’empoisonnement secondaire.

Projet EAMES (Etude Appliquée de Mesure du risque d’Empoisonnement Secondaire)

Sur l’île de la Réunion, les rodenticides anticoagulants sont largement utilisés pour lutter contre les rongeurs introduits, notamment les rats et les souris qui sont responsables de la transmission de la leptospirose à l’homme, ainsi que de dégâts aux cultures (canne à sucre principalement).

Papangue en vol avec sa proie

De 2015 à 2018, une étude scientifique a analysé le foie de 58 papangues retrouvés morts dans la Nature ou au centre de soin de la SEOR. Elle a permis de montrer que 93% des animaux retrouvés présentaient des résidus d’au moins un rodenticide anticoagulant. De plus, l’analyse du foie de ces papangues a révélé que 62% des spécimens présentaient des concentrations en raticide compatibles avec un empoisonnement létal.

Cette étude, publiée en mars 2019 dans « Biological conservation » a montré que ces produits phytopharmaceutiques représentent un risque élevé d’empoisonnement secondaire pour le busard de maillard Circus maillardi, prédateurs de rongeurs.

Nid de papangue
Nid de papangue
Crédit photo : E. Durand (Parc national)

La conséquence de cet empoisonnement est parfois la mort des individus. Mais cet empoisonnement le long des chaînes trophiques pourrait également avoir une influence sur la reproduction et la fertilité des oiseaux (42% des œufs observés non éclos ont été retrouvés clairs, c’est-à-dire non-embryonnées).

Quelques films de sensibilisation

Pour ceux qui veulent aller plus loin