Les ouvrages hydrauliques à La Réunion
A La Réunion, les ouvrages hydrauliques comprennent les systèmes d’endiguement, mais
également les barrages et les conduites forcées.
Le territoire réunionnais compte 35 systèmes d’endiguement protégeant plus de 85 000 personnes contre les crues torrentielles. Ces ouvrages sont gérés par les intercommunalités (CIVIS, CASUD, CIREST, CINOR, TO) sous le contrôle de la DEAL de La Réunion. Face aux risques amplifiés par le relief escarpé et les évènements exceptionnels comme les cyclones, l’endiguement a eu vocation à ouvrir l’urbanisation dans des zones inondables.
Qu’est-ce qu’un système d’endiguement ?
Un système d’endiguement se compose d’une ou plusieurs digues conçues pour défendre une zone contre les inondations et/ou submersions, jusqu’à un niveau précis appelé le niveau de protection.
Il peut également intégrer d’autres ouvrages : clapets, batardeaux, remblais routiers, etc.
Il protège le territoire, appelé zone protégée, qui est soustrait aux inondations, grâce au système d’endiguement, pour un niveau d’eau donné. Ce niveau correspond au niveau de protection, c’est-à- dire la hauteur d’eau maximale que peut atteindre l’eau sans que la zone protégée ne soit inondée par le débordement du cours d’eau, ou une rupture de l’ouvrage. Ainsi, la protection offerte par les systèmes d’endiguement n’est pas absolue. En effet, si une crue dépasse le niveau de protection, cela peut entraîner un phénomène de surverse destructeur, avec des vitesses d’écoulement et des hauteurs d’eau nettement supérieures à celles qui auraient résulté d’un débordement naturel. Par ailleurs, les systèmes d’endiguement restent des ouvrages anthropiques qui peuvent présenter des défaillances, et dans certains cas extrêmes rompre, entraînant d’importantes inondations.
Au titre de l’article R-214-113 du code de l’environnement, les systèmes d’endiguement sont classés en 3 catégories (A, B, C) selon le nombre de personnes dans la zone protégée. A La Réunion, plus de 85 000 personnes vivent dans des zones protégées par un système d’endiguement.
Classement des systèmes d’endiguement au titre de l’article R-214-133 du code de l’environnement
- Classe A : population > 30 000 personnes
- Classe B : population > 3 000 personnes
- Classe C :
- ≤ 3 000 personnes si le système d’endiguement comporte essentiellement une ou plusieurs digues établies antérieurement à la date de publication du décret n° 2015-526 du 12 mai 2015.
- ou pour les autres systèmes d’endiguement :
30 personnes ≤ Population ≤ 3 000 personnes.
Au-delà de la problématique de débordement, les érosions de berges et destruction de bâtiments à proximité du cours d’eau sont susceptibles d’avoir lieu pour des crues courantes, nécessitant également de réaliser des protections de berge dans les secteurs érodables en complément des systèmes d’endiguement.
Historique
Du fait du relief escarpé et contrasté de l’île de La Réunion, l’urbanisation s’est concentrée sur les bandes littorales, se développant ainsi sur les cônes de déjection des ravines et au sein des lits majeurs. Le territoire réunionnais est régulièrement frappé par des inondations massives, résultat d’une localisation en zone de cyclogenèse et en milieu tropical.
Après le cyclone de 1948, l’État met en place les premières règles de prévention du risque inondation en interdisant la construction des deux côtés du lit des ravines.
En 1980, le programme pluriannuel d’endiguement des ravines (PEPR) est lancé et vise alors à trouver un équilibre entre la préservation du libre écoulement des cours d’eau et la protection des populations face aux inondations. Des endiguements successifs sont réalisés sur différents cours d’eau permettant d’ouvrir l’urbanisation dans de nouveaux secteurs.
Des procédures de régularisation des systèmes d’endiguement, issus de digues historiques, sont en cours. Au terme de ces régularisations, le territoire disposera de 35 systèmes d’endiguement, dont 10 sont de classe B, et 25 de classe C, pour un linéaire total de 64 km. A La Réunion, il n’y a aucun ouvrage de type A.
Le contexte réunionnais : des enjeux amplifiés
La Réunion présente des caractéristiques qui rendent les enjeux liés aux systèmes d’endiguement particulièrement critiques :
- Des crues torrentielles et soudaines. Les rivières réunionnaises, alimentées par des précipitations parmi les plus intenses au monde, peuvent monter en quelques dizaines de minutes. Les temps de réaction sont très courts, la vigilance doit être permanente.
- Un relief escarpé. Les bassins versants courts et pentus concentrent les écoulements avec une énergie considérable. Les ouvrages de protection y sont soumis à des contraintes hydrauliques extrêmes.
- Des zones habitées en zones à risque. Une partie de la population réunionnaise vit à proximité immédiate de cours d’eau ou dans des zones basses potentiellement submersibles, ce qui rend la protection par endiguement indispensable dans certaines configurations, mais aussi particulièrement délicate à gérer.
- Un changement climatique qui s’accélère. Les événements extrêmes (cyclones, pluies torrentielles) sont amenés à se multiplier et à s’intensifier, augmentant la sollicitation des ouvrages et les risques de défaillance.
Qui gère les systèmes d’endiguement ?
La compétence GeMAPI (Gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations) est une compétence exclusive et obligatoire des EPCI à fiscalité propre (intercommunalités), ou des syndicats mixtes auxquels cette compétence a été transférée. Seul le « gémapien » peut demander l’autorisation administrative et gérer un système d’endiguement. Il est donc responsable de leur sécurité et de leur surveillance ainsi que de leur entretien.
À La Réunion, ce sont donc les intercommunalités (CIVIS, CASUD, CIREST, CINOR, TO) qui portent cette responsabilité, en lien avec les services de l’État (DEAL Réunion, préfecture).
En savoir plus sur la mise en œuvre de la compétence « gestion des milieux aquatiques et prévention des inondations »
Contrôle
La circulaire ministérielle du 8 juillet 2008 a posé le principe selon lequel l’organisation en charge du contrôle de la sécurité des ouvrages hydrauliques est placée sous l’autorité du préfet de département, et est composée d’agents de l’État. Depuis 2011, le service prévention des risques naturels et routiers (SPRiNR) de la DEAL de La Réunion est chargé de cette mission.
Pour les systèmes d’endiguement, la DEAL intervient en amont des projets en examinant les dossiers techniques, notamment les études de dangers (EDD) qui instaurent un niveau de protection et déterminent l’étendue du système d’endiguement et de la zone protégée. De plus, elle effectue un travail de contrôle et de suivi auprès des acteurs ayant la compétence GeMAPI c’est-à-dire les intercommunalités. Les gemapiens sont gestionnaires des systèmes d’endiguement et il leur incombe donc d’entretenir, de surveiller les ouvrages en toute circonstance et de produire les documents réglementaires. La DEAL s’assure de la bonne exécution de ces missions. Elle bénéficie, pour sa mission de contrôle des ouvrages hydrauliques, d’un appui technique de la part du centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (CEREMA) concernant les systèmes d’endiguement, et du Pôle national de la sécurité des ouvrages hydrauliques (PoNSOH) pour les barrages et conduites forcées.
Un système d’endiguement : pas la seule solution
Le système d’endiguement est une solution parmi d’autres pour protéger la population des inondations, mais sans conteste la plus coûteuse.
À La Réunion, compte tenu des contraintes topographiques et financières, d’autres approches méritent d’être envisagées en complément ou en alternative :
- La restauration des zones d’expansion de crue : laisser les rivières déborder dans des espaces dédiés pour limiter les pics de crue en aval ;
- Le génie végétal utilisant les végétaux pour contrôler, stabiliser et gérer les sols érodés : à La Réunion, le projet VEGETALi vise à utiliser des plantes pour prévenir de l’érosion au sein des cours d’eau ;
- La réduction de la vulnérabilité des bâtiments exposés (mise hors d’eau des réseaux, batardeaux, surélévation) ;
- La maîtrise de l’urbanisation via les plans de prévention des risques (PPR), qui encadrent les constructions en zones inondables ;
- La gestion de crise via les plans communaux de sauvegarde (PCS), les systèmes d’alerte et les procédures d’évacuation ;
- Les programmes globaux de type PAPI (programme d’actions de prévention des inondations), qui coordonnent plusieurs actions complémentaires sur un même bassin versant.
Les autres ouvrages hydrauliques
La Réunion regroupe 5 barrages qui sont classés en fonction de leur hauteur et de leur volume stocké, soit 1 barrage de classe B (Takamaka II) exploité par EDF pour la production électrique, 3 barrages de classe C constitués par les retenues collinaires gérées par la commune du Tampon et un barrage de classe C intégré au système d’endiguement de la Saline-Ermitage géré par le territoire de l’ouest. Associés aux installations hydro-électriques, deux conduites forcées sont classées en fonction de la hauteur de chute d’eau et du diamètre. Une conduite forcée de classe B à Sainte-Rose et une conduite forcée de classe C sur les installations de Takamaka.
Pour tous les ouvrages hydrauliques autorisés au titre du code de l’environnement, les gestionnaires doivent produire des documents réglementaires (visite technique approfondie, rapport de surveillance, rapport d’auscultation) selon une fréquence en fonction de la classe de l’ouvrage.
Pour aller plus loin
- Ouvrages hydrauliques, barrages et digues sur le site du ministère de l’écologie
- Qu’est-ce qu’un système d’endiguement ? - Association nationale des gestionnaires de digues (France Digues)
- Carte des systèmes d’endiguement et zones protégées sur le portail cartographique de la DEAL Réunion
- Vidéo « Cyclone Hyacinthe à la Réunion » Extrait du journal télévisé de TF1 du 28 janvier 1981) - Institut national de l’audiovisuel (Ina)
- WIKHYDRO, plate-forme de partage des connaissances entre les acteurs de l’eau.